Un passage d’eau au port de Beaumont

Il en est fait mention en 1669. Mais, en 1824, il avait disparu et était fort demandé par les habitants.

Construction d’un bac au port de Beaumont : une nécessité ?

Un rapport de l’ingénieur des Ponts et Chaussées de l’arrondissement du Nord du Département de la Vienne sur « la pétition des habitans des communes de Beaumont  et de St-Cyr pour la construction d’un bac au port de Beaumont » en date du 3 décembre 1824, nous donne des informations sur la situation à cette époque. 
On y apprend  que les maires de Beaumont et de Saint-Cyr portent la demande de 43 pétitionnaires pour le rétablissement d’une voie de passage au port de Beaumont.

Voici l’avis de l’ingénieur ordinaire Leblanc, suivi de celui de l’ingénieur en chef.

Quel est le problème ?
« L’avantage que les communes précitées et celles environnantes retireront de l’établissement de ce bac est incontestable, mais sera-t-il assez considérable pour que le gouvernement n’hésite pas à faire les dépenses que les travaux demandés entraîneront, et enfin, le prix de ferme probable offrira-t-il un rendement de l’argent dépensé pour les frais d’établissement ? Telles sont les questions que nous avions à résoudre. »

Quelle est la situation ?
« Les personnes à pied et à cheval passent actuellement dans le bac du meunier de Beaumont ; quant aux charrettes elles sont obligées d’aller jusqu’à celui de Dissais, situé à trois quarts de lieue ce qui les force à faire une heure et demie de plus qu’elles ne le devraient. Mais sont-elles en grand nombre ?
Excepté les jours de foire de quelques communes comme Bonneuil-Matours, Lencloître, Clairvaux, le bac ne servira qu’à transporter les récoltes du territoire de Saint-Cyr dans celui de Beaumont et dans celui de La Tricherie qui dépend de celui-ci. Or, si l’on considère que la commune de Beaumont (La Tricherie comprise ne renferme que 1400 habitans, et que St Cyr n’en compte que 300, on pourra juger au premier coup d’œil de ce que pourra produire le bac proposé… »

La conclusion : 
« …Nous pensons donc qu’il n’y a pas d’avantage pour le gouvernement à élever le port de Beaumont au rang de port royal et par suite d’y construire un bac »

Mais, tout n’est pas perdu !

« …Il existerait cependant un moyen de satisfaire les vœux des pétitionnaires sans léser les intérêts de l’État. En effet si l’on considère 1° que les habitans de Beaumont et de St Cyr outre les avantages pécuniaires qu’ils retireraient de la construction d’un bac, y trouveraient beaucoup de facilité et d’agrément puisqu’ils pourraient commodément et à chaque instant visiter leur propriétés situées sur la rive opposée Or les dits avantages immenses pour eux ne peuvent être d’aucun poids dans la balance pour déterminer le Gouvernement à faire face seul aux dépenses 2°… On ne voit pas pourquoi l’on ne chercherait pas une société qui se chargerait de l’exécution des travaux moyennant l’abandon des produits du bac pendant un certain nombre d’années. 5 100 francs n’est pas une somme assez considérable pour que plusieurs habitans de La Tricherie, de Beaumont et de St Cyr ne puissent la fournir… »
Le passage d’eau sera construit puisque le  25 septembre 1826, à midi, il sera procédé à l’adjudication aux enchères des ports et passages d’eau de Bonneuil-Matours et de Beaumont.

Le Clain à Beaumont est classé dans les rivières non navigables ni flottables (Ça n’a pas toujours été le cas, mais c’est une autre histoire !). Sans gué ni pont, les riverains utilisent le bac à traille. Le bac, dirigé par un passeur, glisse le long d’un câble appelé «traille» tendu entre deux piliers sur chacune des berges.
Les bacs ont joué un rôle essentiel dans les relations et les échanges entre les deux rives.

Autrefois, avant la création du pont, c’était donc un bac qui permettait de faire traverser la rivière aux piétons, aux animaux, aux matériaux…

bac à traille
Bac à traille sur la Sâone

C’était le lien entre Beaumont et Saint-Cyr. 

Le bac de Beaumont

Le bac et les pontons appartenaient à l’État. Il s’agissait d’un grand bac en chêne avec le plancher supérieur en bois blanc, mesurant 11,65 m de longueur, 2,95 m de largeur aux deux extrémités 3,30 m de largeur au milieu 0,85 m de hauteur de bordage au milieu, garni de quatre chaînettes de 0,75 m de longueur chacune. 
Le fermier du bac était le passeur. Il manœuvrait cette grosse embarcation qui coulissait sur un câble en fer de 70m de long, la traille, qui était fixé à des pieux avec jambes de force, situés sur chaque rive. Sur ce câble roulait une poulie avec un treuil qui supportait à son extrémité une grosse chaîne qui servait de commande au bac.

Pour la traversée des piétons, le passeur utilisait un autre bac, plus petit : un batelet de 7m de long, 1,70m de large au milieu et 1,25m aux extrémités.

En 1850, il y a un petit bac de 8,60 m de longueur et 2,80 m de largeur au milieu pour 2,20 m aux extrémités. Il est en mauvais état, mal entretenu et manque de propreté. 

Les fermiers du bac

En 1851, c’est le Sieur Rabot (Rabeau) Pierre qui est fermier du port, il est sommé de remettre en état le bac qui met en danger de mort les usagers.
Les tarifs de passage étaient affichés sur les deux rives.

Quelques tarifs
Tarif des droits à percevoir au passage d’eau de Beaumont sur le Clain en mars 1859
Quelques exemples de prix de la traversée : un cheval, mulet ou deux bœufs y compris le conducteur 30 centimes
Tarif des droits à percevoir au passage d’eau de Beaumont sur le Clain en mars 1859

En 1881, un grand bateau venant d’Ingrandes est acquis par la commune, Eugène Suire, fermier du bac du moment n’ayant pas les ressources nécessaires. L’autorisation ministérielle est sollicitée, mais aussi le 28 août une autorisation immédiate de déplacement car « si on attend l’accomplissement des formalités ministérielles, on arrivera à une époque où le chemin que l’on doit suivre pour arriver au passage d’eau de Beaumont serait trop mauvais pour faire un transport de cette importance »
En 1886, le fermier disposait d’un batelet de 7 m de longueur, 1,70 m de largeur au milieu et de 1,25 m de largeur aux extrémités, d’une traille en fil de fer de 70 m de longueur pesant 52kg avec une poulie, d’une chaîne de 3,15 m de longueur, d’un poteau d’amarrage et d’un treuil.

Le dernier fermier du bac fut le Sieur Clément Eugène qui demanda la résiliation de son bail à la suite de la construction du pont. Il avait remplacé le Sieur Suire Eugène le 21 avril 1886 contractant un bail de 9 ans. Eugène Suire avait lui même remplacé son père, Eugène, en 1880.

Plan de l'implantation du port de Beaumont en vue de l'installation d'un passage d'eau.
Plan des nouvelles voies d’accès au passage d’eau du port de Beaumont

En 1893, les sommes perçues par le fermier du bac étaient récupérées par M. de Ligonès, receveur à cheval des contributions indirectes de chatellerault.

Le premier pont de Beaumont, le pont Eiffel, fut ouvert à la circulation le 1er avril 1893. Selon Paul Gaborit, il avait été très endommagé par le passage des camions allemands et peut-être même de chars pendant l’occupation. Il a été remplacé par le pont actuel.

Le pont Eiffel traverse le Clain au Port de Beaumont
Vue du pont Eiffel qui remplaça le bac en 1893.

Les travaux du pont Eiffel avaient débuté en août 1892 et le passeur ne transportait plus que des piétons. Le Sieur Eugène Clément, alors fermier du port, sollicita sa «sortie»  auprès de l’État,  avec indemnisation pour manque à gagner.
C’est lui qui assura de nombreux transports de matériaux pour la construction du pont. 
Sources : archives départementales de la Vienne. Recherches effectuées par Jean-Louis JUTEAU.

Repérer le port de Beaumont aujourd’hui : Quand on se dirige de Beaumont vers Saint-Cyr, sur la gauche avant le pont on aperçoit le chemin communal dit « de chez Jeannot » rebaptisé rue du Port et du côté de Saint-Cyr, la route qui donnait sur le lavoir détruit par les crues.

Le port de Beaumont aujourd’hui

La petite histoire : Le père Clément

Récit de Paul Gaborit

« Avec la musique, mon père Albert Gaborit, occupait ses nombreux loisirs avec la chasse  et surtout la pêche. Il me racontait que, jeune, il allait à la pêche en barque, très souvent en compagnie d’Eugène Clément, dit « père Clément » qui avait été passeur avant la construction du premier pont entre La Tricherie et Saint Cyr ; une fois même ils avaient failli se noyer parce que, tout occupés qu’ils étaient à lancer l’épervier, la barque emportée par le courant, avait heurté l’un des poteaux métalliques qui supportaient le pont. Elle s’était remplie d’eau et avait coulé.

Le père Clément demeurait alors dans l’unique maison, tout au bord de la rive gauche du Clain, actuellement à gauche du pont en direction de Saint-Cyr.

On avait dû édifier cette maison pour le passeur car, outre sa situation et probablement par crainte des inondations, elle comprenait une habitation en étage, auquel on accédait par un escalier de pierre extérieur, et un solide rez-de-chaussée ouvert à tout vent, ainsi qu’au flot éventuel !

Vue de la maison du passeur prise en photo après la crue de 1996 par Jacques Sibileau
La maison du passeur prise en photo après la crue de 1996 par Jacques Sibileau

Les inondations n’étaient pas rares … autrefois. Le bac devait traverser le Clain à peu près en face de cette maison, car sur la rive d’en face, il doit encore exister une rue débouchant sur la rivière que la commune de Saint-Cyr a baptisée « rue du port de Beaumont ».

Au pied de la maison du passeur, les décombres du lavoir emporté par la crue de 1996
Ruines du lavoir près de la maison du passeur

Les gens de ma génération habitant La Tricherie peuvent encore se souvenir du père Clément, devenu bien vieux vers les années 1930, avec sa barbe blanche un peu comme celle de Victor Hugo, surtout lorsqu’il est venu résider, toujours dans La Tricherie, au début de la côte de Beaumont, dans une maison jouxtant le jardin de la famille Morgeau. (Cette maison est celle qui fut ensuite occupée notamment par M. Gaillard, coiffeur). 

Le père Clément possédait dans cette maison un merle apprivoisé, auquel il avait appris à siffler des airs connus, que les passants entendaient lorsque la fenêtre était ouverte. »

propos recueillis par Françoise Bergeon

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