La foire de Beaumont

Des foires à Beaumont depuis 563 ans !

Pas de foire sur la place de Beaumont ni en 2020 ni en 2021, c’est un crève-cœur pour les Beaumontois qui gardent tant de souvenirs de l’époque où, les jours de foire, les enfants n’avaient pas classe. Le premier tir à la carabine,  la bague que petite fille on y achetait, le tour de manège ou d’autos tamponneuses, le chapeau de paille ou la nouvelle casquette, la foule, l’odeur des anguillettes, le bruit, le bêlement des petits chevreaux…

Et si nous remontions aux origines de cette foire…

Nos recherches nous mènent à Louise de la Lande, fille de Jean de la Lande, écuyer et seigneur de Beaumont et de Marguerite d’Hommes. Elle épousa Aimery de Brisay et lui apporta en 1456, la terre de Beaumont (la Tour de Beaumont). Ce chevalier, seigneur du Petit Brisay, Brain, Beaumont… fut maître d’hôtel du Comte du Maine, puis écuyer d’écurie du Roi. Il rendit de grands services au roi Charles VII et à René d’Anjou et fut nommé, en reconnaissance, gouverneur de Châtellerault, puis, le 8 décembre 1453, grand maître des eaux et forêts du Poitou.

C’est ce prince, René d’Anjou, qui par lettres patentes datées de Tours, le 19 avril 1458, établit en la faveur d’Aimery de Brisay deux foires par an au lieu de Beaumont. Il est alors panetier du Roi.

Dans ses mémoires Beaumont à travers les siècles, Pierre Vieillefault raconte :

« La 1ère foire de Beaumont vit le jour le 27 avril 1458 avec beaucoup de cérémonie. Le lieutenant de la Sénéchaussée vint en compagnie de 200 marchands de Poitiers, de 80 négociants de Mirebeau et Chauvigny ainsi que de 35 bouchers de Poitiers.
Toutes les corporations, insignes déployées étaient là avec leurs tambours et leurs fifres,  puis c’est au tour du bœuf gras qui devait être tué à midi, entouré par les porteurs de torches ardentes. 
Après la lecture de l’arrêt, on déclara la foire ouverte : une trompette sonne alors trois fois. Derrière le bœuf vint à cheval le seigneur Comte de Beaumont qui suit le défilé et qui, de temps à autre, sème à la volée des pièces d’or à la grande joie des badauds qui ramassent l’or, car une pièce ou deux c’était du pain assuré pour six mois. »

D’autres foires 

Dans la seigneurie de la Tour de Beaumont, le châtelain avait des droits selon la coutume générale du comté et pays de Poitou et en particulier des droits de foires 

  • au lieu de la Tour de Beaumont le jour des octaves de la mi-août (15 au 22 août) des octaves de la Toussaint  (1er au 8 novembre), de Saint-Georges (23 avril) et de Saint-Blaise (3 février).
  • À Saint-Laurent-des-Brosses : la première le jour de la Saint-Laurent (10 août) et l’autre le jour de la Saint-Jean-Nicolaise (6 décembre)
  • Il avait aussi les droits des marchés du mardi de chaque semaine se tenant au lieudit la Tour de Beaumont.

Cette foire est la seule survivante de celles qui, avant 1900, existaient le 27 de chaque mois.

Au cours des siècles, les foires eurent donc lieu le 27 de chaque mois. Ces foires étaient surtout fréquentées par les paysans qui représentaient la quasi-totalité de la population. En 1900, seule survivait celle du 27 avril, quel que soit le jour de la semaine. À cette occasion les écoles étaient fermées : c‘était jour de fête pour tous les enfants de la commune.

La foire du 27 avril sur la grand’place

Tout s’organise sur la grande place. 

Pierre Vieillefault, ancien maréchal, raconte :

Avant 14, on ferrait toute la journée à la forge de mes parents. Puis, après la guerre, mon père et son commis décidèrent de laisser tomber le marteau et le tablier pour profiter, eux aussi, de la fête.

Une année, vers 27-28, un violent orage bloqua les gens de 22 h à 3 h du matin. Le café de la place débita en bouteilles et chopines tirées à la canette, sept barriques de vin. Ce record fut battu, dit-on par Bernanfiau qui, une année, en débita douze pendant le seul jour de foire !

Jusqu’en 40, il y avait des biquions qu’on abattait sur place, des pirons par milliers, des animaux d’élevage. Les chars à bancs venaient d’ Auxances, le Lencloître, de partout alentour. Ils stationnaient tout au long du parc et jusqu’au cimetière ! 

Les chevaux étaient hébergés à l’écurie de l’actuel café « chez Lisette » dans la grange des dîmes aménagée spécialement et dans le bâtiment du charpentier Cyr. Beaucoup, faute de place, restaient attachés aux roues des véhicules en bordure de route. »

Selon Pierre Vieillefault, voici l’emplacement des gens et des animaux autour de la place, jusque dans les années 50.

  • côté est du carrefour de la route de Longève et de la rue de la Quarantinière une corde reliait l’acacia au tilleul. Il y avait deux maquignons qui avaient une quinzaine de chevaux de tous âges. Puis une autre corde pour les vaches de plusieurs marchands. Ensuite sous les grands ormeaux les marchands de porcs : ils vendaient surtout des petits de 15 à 20 kg.
  • dans le coin nord-est, les marchands de lapins puis les chevreaux les quatre pattes attachées par les cultivateurs, couchés sur l’herbe de la place pour être vendus.
  • Depuis l’école maternelle et occupant tout le côté nord, il y avait plus de 2 000 petites oies qu’on appelle des pirons dans le Poitou. Chaque fermier qui avait des pirons à vendre enfonçait quatre piquets dans le sol avec autour un grillage de 0,50m de haut. Les pirons étaient mis dans ces enclos avec un fagot de trèfle incarnat pour nourriture et de l’eau pour boire. Quinze mètres plus loin, il y avait un groupe de jeunes ormeaux. C’est à cet endroit que s’installaient les bouchers : trois de Dissais, un de la Tricherie et un du Bouchot Marin. Là, ils tuaient, dépouillaient et vendaient leurs biquions
  • de l’autre côté de la route, il y avait trois marchands d’anguillettes.
  • Près du café, s’installait une marchande de la rue d’Avaucourt de Châtellerault. Elle était connue dans toute la région sous le nom de Marie-la-Poire. Elle prenait trois tabourets pour s’asseoir et lorsqu’elle était assise, on ne voyait plus les sièges. Elle pesait 240 kg et elle vendit son corps à la médecine à Poitiers.
    Elle venait toujours avec un voisin qui était cordier, vêtu d’une blouse bleue, d’un grand chapeau noir et chaussé de sabots. C’était de ses bras qu’il se servait. Un cultivateur lui demandait 5 mètres de corde pour faire des rênes à son cheval, il mesurait à la longueur de ses bras en lui disant « vous avez bonne mesure », le client méfiant, de retour chez lui, prenait son mètre… il en trouvait toujours 10 cm en plus ! Il était connu dans tout le pays sous le nom de Carabi !

Dans les années 60, les migrations des champs vers les usines se faisaient plus nombreuses et il fut décidé de fixer la date le la foire au dernier dimanche d’avril pour permettre aux ouvriers de plus en plus nombreux de participer. 

La foire a évolué avec le temps, expositions de voitures, de matériel…Depuis quelques années, la foire a vu se développer un marché aux plants, très fréquenté. On peut y visiter des expositions, participer à la fête foraine ou à une marche aux orchidées…

Sources : Beaumont à travers les siècles (Pierre Vieillefault)
Contribution : Françoise Bergeon

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