Les rites du mariage

Les fiançailles

Elles avaient lieu environ six mois avant le mariage. C’était l’occasion pour les familles de se rencontrer, souvent pour la première fois, et de régler l’organisation des noces et le devenir ou l’installation des futurs mariés. C’est à ce moment qu’avaient lieu les arrangements. On y emmanchait le mariage. C’était un repas au domicile de la promise. Les invités y étaient peu nombreux : généralement les parents, grands-parents et éventuellement les parrains et marraines. Dans un deuxième temps était organisé un repas au domicile du futur, le retour de fiançailles.

Le mariage

Dans la première moitié du siècle les noces duraient plusieurs joursLe mariage avait souvent lieu le mardi mais la fête commençait dès le dimanche. C’était une occasion de retrouvailles familiales et les déplacements se faisaient généralement à pied.
Les jeunes de la famille se réunissaient chez la fiancée pour préparer les décorations de la salle – roses et guirlandes en papier – et pour danser, on appelait cela se faire le pied.
Le lundi, on préparait la grange où aurait lieu le repas de noces ou le parquet installé pour l’occasion.


Le mercredi, lendemain du mariage, on se réunissait pour manger les restes et conduire la mariée dans sa nouvelle demeure.
Cette organisation était plus particulièrement celle des paysans, alors majoritaires. 
Les noces des habitants du bourg, artisans, commerçants, ouvriers étaient moins importantes : on ne se faisait pas toujours le pied et, le lendemain, la mariée n’était généralement pas conduite dans sa nouvelle demeure.
Dans les années 1960, le travail dans les usines organise la vie des salariés, et le samedi devient le jour des mariages. Cette unique journée suffira pour faire la noce.

Le parquet installé dans la cour de la ferme. Il pouvait y en avoir deux : un pour le repas l’autre pour le bal.

Ce départ de la maison, ritualisé autrefois, soulignait l’importance qu’était pour la jeune fille, l’abandon de la maison paternelle pour sa nouvelle demeure, celle de sa belle-famille. 
Rupture d’autant plus difficile qu’au début du siècle, il n’était pas rare qu’elle n’ait jamais vu celle-ci avant le jour de son mariage.

Départ de la ferme de Pineau pour aller jusqu’à la mairie dans le bourg de Beaumont

Les invitations

Si, depuis le début du siècle, on invite sensiblement de la même façon, généralement par une visite à domicile, le « contenu » de l’invitation a cependant varié. 
Avant 1939-1945, on invitait pour toute la durée de la noce, les oncles et tantes, les cousins aînés ou célibataires de chaque famille, ou bien encore tous les cousins s’ils étaient peu nombreux, et un ou deux amis des mariés.
Les futurs mariés invitaient les parrains et marraines en se rendant à leur domicile avec un broyé. A cette occasion ils étaient souvent invités à dîner.
À partir des années 1950-1960, les invités sont plus nombreux mais il y a trois sortes d’invitations.
« Pour la journée », on invite la famille comme auparavant et les amis, les voisins, la famille éloignée, les relations pour la messe, le vin d’honneur et le bal –étant donné leur nombre ils reçoivent maintenant un faire-part. Certains parmi eux seront invités aussi pour le repas du soir, ou le dessert s’il n’y a qu’un seul repaJusqu’au années 1940, le matin de la noce, les jeunes allaient chercher la fille avec le marié, pour l’emmener dans le bourg où elle devait s’habiller. Une collation était prévue, chez la fille ou dans la salle de noce, car ils se levaient généralement tôt. Des chansons particulières scandaient le parcours.
Dans les années 1950, on trouve encore quelquefois ce cortège des jeunes gens, mais, en général, seul le garçon vient chercher sa fiancée et la conduit chez la coiffeuse..

Depuis le début du XXème siècle, les invitations se faisaient généralement par une visite à domicile.

Avant 1939-1945, on invitait pour toute la durée de la noce, les oncles et tantes, les cousins aînés ou célibataires de chaque famille, ou bien encore tous les cousins s’ils étaient peu nombreux, et un ou deux amis des mariés.

Les futurs mariés invitaient les parrains et marraines en se rendant à leur domicile avec un broyé. A cette occasion ils étaient souvent invités à dîner.

 A partir des années 1950-1960, les invités sont plus nombreux mais il y a trois sortes d’invitation. « Pour la journée », on invite la famille comme auparavant et les amis, les voisins, la famille éloignée, les relations pour la messe, le vin d’honneur et le bal –étant donné leur nombre ils reçoivent maintenant un faire-part. Certains parmi eux seront invités aussi pour le repas du soir, ou le dessert s’il n’y a qu’un seul repas.

Le rassemblement des invités

Jusque vers1960, tous les invités se rassemblaient chez la jeune fille, ou chez la couturière (ou la coiffeuse) et attendaient que la mariée apparaisse pour former le cortège jusqu’à la mairie.

Le départ de la maison de la mariée.
Les robes de ces petites filles, ainsi que leur petit chapeau et leur bourse, étaient confectionnées par la couturière, dans un tissu moiré bleu ciel.

 Le garçon et la fille d’honneur accoubyaient alors les jeunes célibataires selon une liste très précise. Cette liste, préparée par les mariés et leurs proches parents, était gardée secrète afin d’entretenir un certain suspense.

Ces parcours cérémoniels revêtaient une importance particulière : c’est sous le regard de toute la communauté rassemblée qu’ils ont lieu. À travers la formation du cortège, c’est une incitation symbolique au mariage.
Les célibataires sont en effet accouplés sur le même modèle que les jeunes époux – un garçon et une fille de chaque famille – et sont placés entre les nouveaux et les anciens mariés. L’importance accordée à l’accouplage va dans le même sens. Les mariages ainsi réalisés, à la suite d’une rencontre à une noce, sont assez fréquents.

Le cortège

Le cortège

La mariée est conduite jusqu’à l’église par son père. Derrière eux, le garçon et la fille d’honneur – le plus souvent un frère et une sœur des mariés –, les jeunes, puis les parents plus âgés. Le marié et sa mère ferment la marche. de jeunes enfants précèdent l a mariée. Après la messe, les nouveaux époux sortent ensemble de l’église.

Le cortège à la sortie de l’église

Depuis les années 50, le cortège se rend au vin d’honneur. Les autres invités suivent en ordre dispersé.
Dès leur arrivée, ces derniers présentent leurs vœux et parfois aussi leur cadeau aux mariés. Ensuite, les hommes sont désignés pour tirer à boire et les serveuses leur présentent du vin, du café et des gâteaux. 

Auparavant, il n’y avait pas de vin d’honneur et on allait directement au repas.

Couper le ruban

C’est un rite de passage, devant la porte de l’église, pendant la cérémonie, une femme du village, généralement indigente, prépare un ruban de satin tendu entre deux chaises décorées de fleurs des champs.
En sortant de l’église, la mariée coupe le ruban. Une « petite pièce » sera laissée par les invités.
C’est le symbole de l’entrée dans une nouvelle vie. On coupe le ruban, comme on coupe le cordon ombilical.

Le feu de joie

Il a été préparé souvent par la même personne que le ruban et décoré de fleurs des champs. Il est installé sur le parvis de l’église. C’est la mariée qui y mettra le feu.

La mariée allume le feu de joie.

Le repas

De lui dépend souvent la réussite de la noce et le souvenir qu’on en gardera. 

Les menus doivent être copieux pour satisfaire l’appétit des convives ; on servait à chacun des deux repas plusieurs sortes de viande (bœuf, veau, poulet, agneau) et trois ou quatre desserts. 

L’ambiance est aussi essentielle et scelle autant que le partage de nourriture l’union des familles présentes. Elle est généralement prise en charge par les jeunes groupés à une même table ; les mariés et leurs parents étant à la table d’honneur, les oncles et tantes occupant les tables perpendiculaires.
A l’aide de refrains souvent propres à chaque famille, ils font chanter les invités. Il y a les chanteurs obligés – garçon et fille d’honneur, parents, parrains et marraines. Puis ils les remercient et provoquent des embrassades collectives.

Auparavant, les mariés étaient au repas de leur noce, plus spectateurs qu’acteurs  ayant une attitude passive : ils chantent peu et jamais seuls, restent immobiles, sollicitant toujours des intermédiaires – souvent le garçon et la fille d’honneur – lorsqu’ils désirent quelque chose, faire chanter quelqu’un par exemple. 

Le brandon

Le brandon est un long bâton, aulne ou noisetier, planté comme un mât et au sommet duquel est attachée une couronne de buis ou de lierre. Divers objets sont accrochés dont une vessie de porc remplie d’eau. La base du mât est entourée de fagots.

Lorsque le repas avait lieu à la ferme, c’est au retour de l’église qu’on l’embrasait, sinon le brandon avait lieu le lendemain lorsque la mariée était conduite en ménage.

 C’est elle qui mettait alors le feu aux fagots, puis le marié à l’aide d’un fusil devait crever la vessie. S’il la ratait, il subissait les plaisanteries de l’assistance (il serait impuissant !); souvent, pour le mettre à l’épreuve, sa première cartouche était chargée à blanc. Les autres hommes tentaient ensuite d’abattre les derniers objets puis les invités formaient une ronde autour du feu. Le rite du brandon marquait l’entrée des mariés – et plus particulièrement de l’épouse – dans une maison et une terre qui allaient désormais être leurs. En fait, à travers ce rite, les mariés accèdent au statut de géniteurs potentiels. 
La vessie est le symbole d’une matrice vide mais qui, « fécondée » par le plomb du fusil, pourra désormais engendrer.

Casser le pot

Les rites de mariage, c’est « la roue qui tourne » ! Les parents étaient mis à l’épreuve lors du mariage de leur dernier enfantIls devaient alors briser, à l’aide d’un bâton et les yeux bandés, un pot rempli de bonbons (parfois aussi de farine) suspendu à une corde tendue entre deux poteaux ou que déplaçaient deux hommes postés au premier étage de deux bâtiments se faisant face. Ce rôle est le plus souvent attribué à la mère de la mariée qui mariait sa dernière fille ou son dernier enfant.
Pendant longtemps, ceci avait lieu dans les rues du bourg ou du village ; l’assistance était nombreuse.

Ces pots brisés marquent le renoncement des parents et notamment de la mère à la fécondité. Mais cette destruction semble aussi s’accompagner d’une transmission de pouvoir : lorsque les dragées s’échappent du pot, c’est une partie des propriétés génésiques de cette matrice désormais vide, qui est transmise à la mariée du jour. 

L’acquisition des attributs de mère par la nouvelle épouse et la perte de ceux de sa mère et de sa belle-mère sont associées. En devenant future mère, la jeune femme leur attribue un nouveau rôle, celui de grand-mère : elles aussi changent de statut.

La soupe à l’oignon

La soupe, portée aux jeunes mariés la nuit de leur noce, était généralement préparée par les femmes, notamment par les mères des époux. Une fois ces préparatifs terminés, les participants – famille proche, amis et jeunes – partaient à la recherche des mariés qu’on essayait de surprendre au lit.

En pénétrant dans la chambre, on chantait

La port’rons-nous la soupe, la soupe
La port’rons-nous la soupe à l’oignon
Oui nous la porterons
La bonne soupe à l’oignon.

Elle était servie dans un récipient en forme de pot de chambre, et présentée aux mariés généralement par un homme de la famille, frère ou beau-frère des époux. La mariée devait se servir la première, puis le marié, pendant que les participants plaisantaient et chantaient bruyamment. 
Tout le monde se rendait ensuite à la cuisine où la soupe était partagée. Assez souvent, les jeunes gens s’attardaient un peu dans la chambre ; souvent, ils mettaient le lit en portefeuille, plaçaient sous les meubles des réveils réglés pour sonner toutes les heures ou cachaient les vêtements et les chaussures des mariés.

La distribution du broyé

A la fin de la messe, les petites filles distribuent à tous les invités des morceaux de broyé du Poitou.

Faut-il voir là une réminiscence de l’usage établi par Huguette de L’Isle Jourdain, épouse de Pierre de Combarel, Seigneur de Rouhet mort en 1460, qui voulait qu’une fois par semaine, à la sortie de la messe, soit distribué du pain à tous les pauvres de la paroisse ?

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